Libreville, le 06 Mars 2026
Alors que le Gabon s'affirme comme l'un des leaders de la connectivité en Afrique centrale, les récentes restrictions d'accès aux réseaux sociaux (Facebook, WhatsApp, TikTok) ont provoqué une onde de choc économique. Au cœur de cette crise : les jeunes femmes entrepreneures, pour qui le smartphone est devenu le principal outil de travail.
Un écosystème digital au service des femmes
Au Gabon comme partout ailleurs, les jeunes femmes ont compris que les réseaux sociaux ne sont plus un simple espace de divertissement. Selon les dernières estimations de l'ARCEP (autorité de régulation), le pays compte plus de 2,3 millions d'abonnés internet. Cette démocratisation a permis l'émergence d'une économie "invisible" mais puissante, portée par les femmes.
- 70% des micro-entreprises créées par des femmes au Gabon utilisent exclusivement Facebook et WhatsApp pour la vente.
- Le "Social Commerce" représente une part estimée à 15% du chiffre d’affaires du secteur informel gabonais.
Témoignages : « On nous a coupé l'oxygène »
Pour ces commerçantes dont l'âge moyen se situe entre 25 et 30 ans , la coupure n'est pas qu'une gêne technique, c'est une perte sèche de revenus. Agé de 26ans Mireille, créatrice d'une marque de cosmétiques bio explique :« Mon showroom, c’est Instagram. Mes clientes me contactent par WhatsApp. Depuis le début de la restriction, mon téléphone ne sonne quasiment plus… Pour une petite structure comme la mienne, 3 semaines de restriction c'est énorme, le gouvernement nous met à mal».
Certaines trouvent des stratagèmes , c'est le cas d'une jeune gabonaise qui a fait de Tiktok son activité principale, elle y tient une boutique en ligne : « Sans VPN, mon activité n'existe plus. Mais même avec un VPN, mes clientes ne sont pas connectées. On se retrouve isolées. Le gouvernement parle de sécurité, mais qui va payer mes factures à la fin du mois ? » s'exaspère t-elle .
C’est également le cas de la jeune Margot qui, pour boucler ses fins de mois fait de la vente de plat à emporter en live sur TikTok : « Avant la restriction des réseaux sociaux, je vendais 2 à 3 marmites de sauces Gombo, le premier week-end de la restriction, j’ai vendu à perte. En ce temps de Carême, pour ne pas en jeter, j’en ai partagé au musulman de mon quartier. Aujourd’hui malgré que nous essayons de contourner la restriction avec le VPN, ça reste difficile car l’algorithme nous envoi dans les pays d’où nous nous géolocalisons ».
Les chiffres de la paralysie
L'impact financier est massif. Si l'on se réfère aux outils de calcul de coût des coupures internet (NetBlocks), une restriction totale des réseaux sociaux au Gabon peut coûter à l'économie nationale environ 150 à 200 millions de FCFA par jour de manque à gagner direct pour les services numériques.
Vers une rupture de confiance ?
Au-delà de l'aspect financier, c'est la confiance numérique qui est ébranlée. Certes le Gabon a connu par le passé plusieurs épisodes de coupure d’Internet, mais la population s’en croyait sortie.
Aujourd'hui, ces jeunes femmes, encouragées par les programmes nationaux à "entreprendre par le digital", se retrouvent face à une instabilité imprévisible. Cette insécurité numérique freine l'investissement et pousse certaines femmes qui ont des apports colossaux à envisager de délocaliser leurs activités virtuelles vers des pays voisins plus stables numériquement.
Conclusion
La restriction des réseaux sociaux au Gabon en 2026 pose une question fondamentale : peut-on concilier impératifs de sécurité et survie économique ? Si pour les plus aguerris et les plus stables, les solutions fusent, pour les jeunes entrepreneures de Libreville, Port-Gentil ou Franceville, la réponse est urgente. Le digital n'est pas un luxe, c'est leur gagne-pain. Que doivent- elles faire pour survivre ? Braver l’autorité de l’état par l'utilisation des VPN ou laisser mourir leur investissement face à une restriction dont on ne voit pas l'issue ?
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